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« Explorer les enjeux de la défense aérospatiale française » : paroles de Florent Pouponneau, enseignant-chercheur à la tête du centre d’excellence AERODS

Photo Florent Pouponneau
Professeur de science politique à l'École de droit de Toulouse, Florent Pouponneau a décroché un financement du ministère des Armées pour son projet scientifique AERODS (Aérospatial, défense et sciences sociales), labellisé « Centre d’excellence ».

• En quoi consiste l’appel à projets lancé par le ministère des Armées ?

 
Tous les cinq ans, le ministère des Armées lance un appel à projets pour financer des centres d’excellence. Son objectif est de renforcer le vivier de chercheurs français sur les questions de défense. Le financement est important : près de 2 millions d’euros sur 5 ans.
 

• Pourquoi y avoir répondu ?

 
Le contexte international actuel, marqué par la montée des rivalités entre grandes puissances, le retour de la guerre en Europe, le développement de nouvelles technologies et la menace d’un désengagement des États-Unis de la défense européenne, incite à étudier les politiques d’armement de la France et de l’Union européenne. Malgré l’importance des enjeux, peu de chercheurs en sciences sociales se confrontent à ce domaine de l’action publique du fait de sa technicité et des difficultés de l’accès au terrain d’enquête. Fort de notre écosystème toulousain, j’ai voulu proposer un projet de recherche ciblé sur la défense aérospatiale. Accompagné notamment de ma collègue Maïlys Mangin, désormais directrice adjointe du centre, j’ai ainsi déposé en décembre 2024 notre projet AERODS.
 

• Quel est l’objectif de ce projet de recherche ?

 
Le projet regroupe une quinzaine de chercheurs de notre université (École de droit de Toulouse, Faculté d’informatique, Toulouse School of Management, Toulouse School of Economics et Sciences Po Toulouse) en droit, en économie, en gestion, en informatique et en science politique. Nourris de cette approche pluridisciplinaire, nous entendons décrire et expliquer les contraintes politiques, juridiques, administratives, économiques et industrielles, qui, à tous les niveaux – national, européen, international - pèsent sur les différents acteurs, publics et privés, de la politique d'armement française dans le secteur de l’aérospatial
 

• Concrètement, que pouvez-vous apporter au ministère des Armées ?

 
Cette politique d’armement implique, pour l’État, de mobiliser et soutenir efficacement les industries du secteur de la défense afin qu’elles puissent rapidement augmenter leurs capacités de production et d’innovation, tout en maîtrisant les coûts. Mais comme le président de la République l’a récemment reconnu, le réarmement de la France peine à se mettre en place, alors que le contexte international est de plus en plus tendu. Comprendre et dire les contraintes pesant sur les acteurs peut aider à mieux les surmonter.
 

• Comment allez-vous travailler avec les acteurs de la défense ?

 
Pour mener à bien ses activités de recherche et proposer une expertise pertinente, AERODS s’appuiera sur des partenariats avec l’ISAE-SUPAERO et l'ONERA, la grande école d’ingénieur et le principal centre de recherche français dans le domaine aérospatial, ainsi que sur des partenariats avec des industriels du secteur de l’armement. Notre centre permettra aussi des échanges entre les acteurs de la défense et le monde universitaire à travers l’organisation d’ateliers, de conférences et de séminaires au format Chatham House.
 

• Le projet présente-t-il un volet formation ?

 
Oui, c’est un élément central. En complément de nos activités de recherche, nous allons développer une offre de formation tournée vers les praticiens (cadres industriels, ingénieurs, officiers…). Ces formations porteront - entre autres - sur le contrôle des exportations et les sanctions économiques, sur les nouveaux défis du droit et de la politique de l’espace ou encore sur les politiques d’armement et les stratégies industrielles en Europe.
 

• Votre prochain ouvrage, à paraître au mois de mars, porte-il sur cette même thématique ?

 
Pas tout à fait, mon prochain livre, qui sortira en mars, explore un autre aspect de la politique de défense française : l’intervention militaire française au Mali entre 2013 et 2022, au nom de la lutte contre le terrorisme. Il s’agit d’analyser ce que le fait d'incarner une « puissance moyenne » et une « ancienne grande puissance » produit concrètement comme contraintes pour les diplomates, les militaires et les responsables politiques français. Ce faisant, l'objectif est de parvenir à articuler dans un cadre théorique cohérent les petites luttes bureaucratiques et politiques au sein de l'État aux grandes logiques de puissance entre États. J’explore dans cette perspective l’entrée en guerre, les conflits au sein de l’administration, la matérialité des pratiques des militaires sur le terrain, l’alliance militaire discrètement nouée avec les États-Unis, les efforts pour « européaniser » la politique ou encore la recherche d’une sortie honorable pour éviter les coûts politiques d’un échec programmé.

En lien avec les préoccupations d’AERODS, j’étudie ainsi ce qu’implique précisément la dépendance envers les États-Unis pour l’usage de drones. Ce travail m’a permis de me familialiser avec le milieu militaire, je travaillais auparavant davantage sur les pratiques diplomatiques. J’ai en effet notamment réalisé près de 200 entretiens avec des acteurs aux positions diversifiées, d’un ancien chef de l’État aux soldats du rang.