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« La CIFRE, un pont entre recherche et pratique » : portrait de Justin Guiraud, doctorant en droit de l’urbanisme et collaborateur du cabinet Decker

Photo Justin Guiraud
Doctorant à UT Capitole au sein de l'École de droit de Toulouse - Recherche (EDT-R), Justin Guiraud mène une thèse CIFRE avec le cabinet toulousain Decker Avocats sur « l’office du juge administratif en matière de régularisation des autorisations d’urbanisme ». Un sujet né de sa première expérience professionnelle, durant laquelle il a constaté l’évolution du rôle du juge : non plus simple contrôleur de légalité, mais acteur clé de la régularisation des projets, en dialogue constant avec les administrations et les citoyens.
Diplômé en 2010 d’une Licence en droit à UT Capitole, Justin Guiraud connaît un parcours atypique, marqué par la persévérance. Après un voyage d’un an en Amérique du Sud, il rentre à Toulouse et valide son Master 1 en droit public. La vie du jeune homme bascule alors, après un grave accident en montagne en 2014, suivi de deux années de rééducation.
 
Désireux de poursuivre ses études, il obtient en 2017 un Master 2 en Droit public économique, sous la direction de Lucien Rapp, et travaille en cabinet d’avocats. « C’est ainsi que j’ai découvert la pratique du droit de l’urbanisme, un domaine de niche, devenu central dans les enjeux contemporains d’aménagement des territoires », témoigne-t-il.
 

Une thèse sur le juge administratif en matière d’urbanisme


Salarié du cabinet Decker, Justin Guiraud décide en 2020 de réaliser un deuxième mémoire - de recherche cette fois-ci - puis d’engager les démarches pour faire une thèse avec le dispositif CIFRE (Convention industrielle de formation par la recherche). Avec le soutien de Maître Mathieu Spinazzé et encadré par le Professeur Jean-François Giacuzzo, il se lance alors dans l’aventure doctorale.
 
Sa thèse s’intéresse à l’évolution de l’office du juge administratif en matière d’urbanisme, et plus précisément à son nouveau rôle : la régularisation. Traditionnellement cantonné à l’annulation des actes illégaux, le juge administratif voit aujourd’hui son office s’élargir : il ne se contente plus de sanctionner, mais autorise désormais la régularisation des projets urbains, en purgeant leurs vices de procédure ou de fond. Cette transformation, spécifique au droit de l’urbanisme, interroge les principes mêmes de la juridiction administrative, tout en reflétant la complexité croissante des normes et des enjeux urbains.
Le juge s’interroge désormais sur les possibilités de sauver les projets.
À travers une analyse à la fois théorique et pratique, le doctorant explore les mécanismes concrets de cette régularisation (délais, échanges avec l’administration, procédures), ainsi que ses implications pour les porteurs de projets, les collectivités et les citoyens. Un sujet ancré dans l’actualité, à l’heure où le droit de l’urbanisme devient un levier central de l’aménagement des territoires.
 

La CIFRE comme tremplin


Au cabinet Decker, Justin Guiraud bénéficie d’un environnement idéal pour mener sa thèse : « On me laisse le temps de rédiger, on me fait confiance. Je fais partie des chanceux ! ». Ses travaux de recherche se trouvent enrichis par sa pratique quotidienne du droit de l’urbanisme, un domaine en constante évolution, fortement marqué par les problématiques environnementales. « En trente ans, le code a triplé de volume et sa complexité ne cesse de croître », explique-t-il.

Si la pratique et l'expérience du terrain inspirent la recherche, l’inverse est aussi vrai : réaliser une thèse apprend au doctorant à prendre de la hauteur. Les échanges avec son directeur de thèse ont été déterminants pour structurer sa démarche. « Le professeur Giacuzzo m’a souvent mis en garde : il ne faut pas se laisser enfermer par la logique du cas particulier, explique-t-il. Ainsi, il m’a appris à concilier méthodologie et ancrage terrain ».

Cette rigueur académique lui permet de dépasser la dimension artisanale du métier de juriste ou d’avocat, où chaque dossier est traité de manière isolée. « C’est aussi ça qui me motive dans la recherche : réaliser qu’il n’y a pas qu’une seule façon de voir les choses, que la réalité ne se limite pas à ce qu’on observe au quotidien », confie-t-il.
 

Conseils aux futurs doctorants


Justin Guiraud insiste sur l’importance de s’entourer de mentors et de professionnels ayant vécu une expérience similaire à la sienne. Il évoque notamment le parcours du professeur Frédéric Balaguer, qui a réalisé une CIFRE en collectivité territoriale avant d’être nommé professeur à l’Université Côte d’Azur. Cet ancien avocat spécialisé en droit de l’urbanisme a su lui transmettre des conseils précieux sur la gestion du temps et la construction d’un réseau professionnel.

Selon le doctorant, la CIFRE offre un véritable lien entre le monde académique et le monde du travail, à condition de trouver un équilibre entre les exigences de la thèse et celles de l’employeur. Il met également en garde contre les préjugés qui peuvent peser sur les thèses réalisées en CIFRE, parfois perçues comme des « thèses professionnelles » ou des travaux répondant uniquement à une commande de l’employeur. Pour éviter cela, il recommande de bien choisir son sujet et de s’assurer que la structure d’accueil respecte le temps nécessaire à la recherche. « De mon côté, je ne vois pas comment cela aurait pu mieux se passer ! », conclut-il plein d'enthousiasme.