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"L’efficacité procédurale, un concept clé pour la justice" : portrait de Noémie Martire, doctorante en droit privé et sciences criminelles à l'EDT-R

Portrait de Noémie Martire
Doctorante en droit privé et sciences criminelles à l’École de droit de Toulouse-Recherche (EDT-R), Noémie Martire explore dans sa thèse une notion clé mais méconnue : l’efficacité procédurale. Comment ce concept, peu exploré en droit, peut-il éclairer la rédaction des lois et les dynamiques des systèmes de justice ? Un sujet théorique aux retombées concrètes.
Après une licence de droit privé, Noémie Martire intègre le Master Droit pénal et sciences criminelles à UT Capitole. En parallèle, elle est diplômée du Collège supérieur de droit et du Certificat de criminologie et de sciences pénales. Elle postule ensuite au parcours franco-canadien du Master 2, en partenariat avec l'Université Laval de Québec. Elle en sort doublement diplômée : le Master 2 français en poche, mais aussi un LL.M., le Master of Laws canadien. Une année de mobilité déterminante, qu'elle avait projetée depuis le lycée. « Je savais depuis la Terminale que ce master franco-canadien existait. Ça a déterminé mon choix d’étudier le droit à l’Université Toulouse Capitole », raconte-t-elle.

Major de promotion, la jeune femme obtient un contrat doctoral et entre en thèse en septembre 2020. Après trois années dédiées à la recherche, elle devient attachée temporaire d'enseignement et de recherche (ATER), puis enseignante-chercheuse contractuelle. Elle entame aujourd'hui sa septième année de thèse et espère soutenir l'année prochaine.
 

Défricher un angle mort du droit


Tout commence par un mémoire de Master 2 intitulé « Le jugement des crimes », alors que fin 2019, l'expérimentation des cours criminelles fait débat. Ces juridictions, comparables à une cour d'assises mais sans jury populaire, interrogent la doctorante : le souci économique peut-il vraiment modifier la façon dont les crimes sont jugés ?

Pendant son semestre à l'Université Laval, elle remarque que l’objectif d’efficacité anime, aussi, le système pénal canadien. Elle transforme alors son sujet de mémoire en « Les métamorphoses des procédures traditionnelles de jugement des crimes sous la pression de l'efficacité procédurale : une approche franco-canadienne », avant d'en extraire le cœur de sa thèse.

Car l'efficacité procédurale est un angle mort de la théorie du droit. « Il n'y a pas de thèse sur l'efficacité procédurale en elle-même. Il existe des travaux sur l'efficacité de dispositifs spécifiques, mais pas d'étude dédiée, plus largement, à l'efficacité en procédure », constate-t-elle. Depuis son entrée en thèse, son approche s’est précisée : « le souci d’économie des procédures ne résume pas l’objectif d’efficacité procédurale. »

Sous la direction d’Antoine Botton, Professeur de droit privé et sciences criminelles, et rattachée à l'Institut de Recherche en Droit Européen, International et Comparé (IRDEIC), elle élabore une théorie générale de cette notion, nourrie par des sources de droit pénal, processuel et comparé. Au-delà de la matière pénale, cette théorie vise à éclairer la légistique dans son ensemble.

Ses recherches s’appuient sur l’analyse des réformes pénales, de la jurisprudence et de la doctrine. L’objectif ? Proposer une définition de la notion, interroger son évaluation, analyser les causes de l’inefficacité, proposer des solutions et éclairer les choix du législateur. Une démarche à la fois théorique et ancrée dans le réel.
 
Interroger l’efficacité procédurale, c’est explorer le sens des réformes judiciaires.

L’effort de la vulgarisation scientifique


Lauréate du prix du public du concours Ma Thèse en 180 secondes en 2025, Noémie Martire remporte en 2026 le prix du jury et le prix du public du premier European Doctoral Day, qui réunissait les trois écoles doctorales d'UT Capitole.

Des expériences qui ont durablement transformé son écriture. « Il y a eu un avant et un après Ma Thèse en 180 secondes », témoigne-t-elle. Car pour la chercheuse, la thèse a vocation à être partagée : « On n'écrit pas pour soi, on écrit pour les autres. » Et de conclure, non sans ironie tant le propos rejoint son sujet : « Une thèse doit répondre à des attentes. Si on veut être compris, il faut aller à l'essentiel. Une idée par phrase. En somme, être efficace. »
 

Porter la voix des doctorants


Élue représentante des doctorants de l'École doctorale Droit et sciences politiques, Noémie Martire participe aux assemblées et défend la place des jeunes chercheurs dans la vie de l'université. « L'université est composée certes d'universitaires titulaires, mais aussi de doctorants et de futurs universitaires », rappelle-t-elle. Cet espace de parole est pleinement offert aux doctorants de l’École doctorale, sous la direction de Guillaume Beaussonie.

Son conseil aux futurs doctorants ? Trouver un sujet qui les anime, mesurer les difficultés d'un parcours exigeant, et apprécier la liberté qu’offre la recherche : « Il n'y a pas, ou peu, de parcours ou de professions où l'on se sent aussi libre. »
 

Une vocation d'enseignante-chercheuse


Si le métier d'avocate l'avait d'abord séduite, c'est bien vers le monde universitaire qu’elle se dirige. Le déclic ? Son année de Master 1, et en particulier, le cours magistral de droit processuel d'Antoine Botton, qui lui a donné « des clés pour comprendre la logique procédurale et ses enjeux latents ».

Pendant ses années de thèse, Noémie Martire a enseigné à tous les niveaux, de la licence 1 au master 2 : introduction au droit privé en L1, droit pénal général en L2 pour les parcours internationaux et bi-diplômants, droit des biens en L3, procédure pénale approfondie et droit processuel en master 1, procédure civile approfondie en master 2... Chaque cours, à chaque niveau, comporte une part de vulgarisation : on n'aborde pas un cours de première année comme un cours de master.

Une fois la thèse soutenue, la jeune femme vise la qualification par le Conseil national des universités (CNU), puis un poste de maître de conférences, sans fermer la porte au concours de l'Agrégation.